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Ranger ses skis pour l'été : les gestes qui prolongent une paire

Ranger ses skis pour l'été : les gestes qui prolongent une paire

La dernière descente de la saison se termine, on charge la voiture, et les skis vont dans le garage tels quels. Humides, salés, avec les carres qui ont pris quelques impacts et une semelle sèche depuis février.

Ils y resteront six mois. C'est pendant ces six mois que la plupart des dégâts se produisent, pas pendant l'hiver.

Ce qui abîme réellement une paire de skis

Contrairement à ce qu'on imagine, ce n'est pas le ski qui use le matériel, c'est le stockage. Trois mécanismes, tous liés à l'été :

  • L'oxydation des carres. Une carre humide rouille en quelques jours. Une carre rouillée pendant six mois est piquée en profondeur, et l'affûtage de rentrée doit retirer beaucoup de matière pour retrouver une arête propre. Une carre n'a qu'une épaisseur limitée : chaque affûtage profond raccourcit la vie du ski.
  • Le dessèchement de la semelle. Le polyéthylène perd ses huiles au contact de l'air chaud. Une semelle rangée sèche ressort blanchie et poreuse, et le premier fartage de la saison est absorbé sans rien donner en glisse.
  • La déformation par la chaleur. Un ski stocké près d'une source de chaleur, contre un mur au soleil ou dans un grenier qui monte à 50 °C, se déforme. La cambrure se tasse et ne revient pas.

Ces trois dégâts sont évitables en une heure de travail au mois d'avril.

La séquence de rangement, dans l'ordre

1. Laver

À l'eau claire, tiède, avec une éponge non abrasive. On retire le sel de déneigement des routes, les poussières et les résidus de fart chargés de saleté.

Le sel est le vrai coupable, et on le sous-estime : il accélère fortement la corrosion. Une paire posée à l'arrière d'une voiture pendant tout l'hiver en a récupéré beaucoup.

2. Sécher complètement

Séchez avec un chiffon, puis laissez les skis debout, à l'air libre, plusieurs heures dans une pièce tempérée. Pas de sèche-cheveux, pas de radiateur.

Le point à ne pas manquer : les fixations. L'eau se loge sous la butée et sous la talonnière, là où on ne pense pas à essuyer. Actionnez les mécanismes plusieurs fois pour chasser l'humidité, et vérifiez que la zone autour des vis est sèche.

3. Traiter les carres

Passez une gomme abrasive pour retirer la rouille de surface, sans toucher aux angles : le but est de nettoyer, pas d'affûter. Puis protégez avec un fart de conservation ou une fine couche d'huile adaptée.

4. Farter et ne pas racler

C'est le geste le plus important, et le plus contre-intuitif : on applique une couche généreuse de fart à chaud, et on laisse le fart en place. On ne racle pas.

Cette couche épaisse forme une barrière entre la semelle et l'air. Elle empêche le dessèchement et protège aussi les carres du contact direct avec l'humidité.

Au premier week-end de la saison suivante, on racle, on brosse, et la semelle est comme neuve. Le raclage prend dix minutes.

5. Desserrer les fixations

Ramenez le réglage de déclenchement à sa valeur minimale. Les ressorts d'une fixation restent comprimés toute l'année si on ne le fait pas, et un ressort maintenu sous contrainte six mois perd de sa précision.

Notez la valeur avant de la baisser. Photographiez-la avec le téléphone : c'est le genre de détail que l'on croit retenir et qu'on a oublié en novembre. Et prévoyez un contrôle sur banc à la reprise, quelle que soit la valeur notée.

6. Ranger au bon endroit

  • Debout ou à plat, jamais suspendus par les spatules pendant des mois.
  • Sans sangle serrée qui comprime les deux skis l'un contre l'autre. Un contact prolongé semelle contre semelle marque la surface.
  • Dans un endroit sec et tempéré. Une cave sèche est parfaite. Un garage humide et un grenier surchauffé sont les deux pires options.
  • Pas dans une housse fermée si la paire n'est pas parfaitement sèche. Une housse conserve l'humidité et transforme le rangement en incubateur de rouille.
Paire de skis avec une couche de fart de conservation non raclée

Les chaussures, le poste le plus maltraité

Une chaussure de ski rangée serrée, avec son chausson humide à l'intérieur, ressort déformée et sentant mauvais.

  1. Sortez les chaussons de la coque. Systématiquement. C'est le geste qui compte le plus.
  2. Faites sécher les deux séparément, à l'air libre, sans source de chaleur. Un chausson séché au radiateur perd sa mousse.
  3. Retirez les semelles pour qu'elles sèchent aussi.
  4. Remontez les chaussons une fois tout sec.
  5. Fermez les boucles sans serrer. C'est important : une coque rangée ouverte s'écarte et se déforme, une coque trop serrée se creuse. On ferme juste, sans tension.
  6. Stockez à température stable, jamais dans un garage qui gèle l'hiver et chauffe l'été.

Deux vérifications utiles à faire à ce moment-là, tant que les chaussures sont dans les mains : l'état des semelles de marche, qui s'usent et qui sur beaucoup de modèles se remplacent, et l'état des inserts si vous faites de la randonnée. Un insert ovalisé se voit, et il vaut mieux le découvrir en avril qu'à mi-montée en janvier.

Les peaux de phoque

Le poste où une erreur de rangement coûte le prix d'une paire neuve.

  • Séchez-les complètement, poils vers le haut, à plat ou suspendues, jamais sur un radiateur.
  • Ne les rangez pas collées l'une sur l'autre. Utilisez le filet ou le film fourni. Deux peaux collées face à face pendant six mois se séparent en emportant de la colle.
  • Stockez à plat, dans un endroit frais, sans plier ni enrouler serré. La chaleur fait migrer la colle.

Si la colle a faibli, le réencollage est une opération courante qui redonne plusieurs saisons à une peau. Cela coûte nettement moins qu'une paire neuve, et c'est le bon moment pour le faire : en avril, l'atelier a le temps.

Le reste du matériel

  • Le DVA : retirez les piles. Sans exception. Une pile oubliée coule et détruit l'électronique, et c'est une panne qui ne se voit qu'au moment où on en a besoin.
  • La pelle et la sonde, démontées et séchées. Les brins d'une sonde humide se corrodent et le câble se bloque.
  • Le casque, dans un endroit sec, sans rien poser dessus.
  • Le masque, séché à l'air, rangé dans son étui souple. Ne frottez jamais l'intérieur d'un masque humide : le traitement antibuée part avec le chiffon.
  • Le textile, lavé avant rangement. C'est le meilleur moment pour réactiver le déperlant de la veste, avec un produit adapté et un passage à chaleur douce.
  • Les gants, séchés en profondeur. Un gant en cuir apprécie un traitement nourrissant avant l'été.

Pourquoi le faire en avril plutôt qu'en novembre

Trois raisons, et la première n'est pas la plus importante.

  1. Les dégâts se produisent pendant le stockage. Un entretien fait en novembre arrive après six mois de rouille et de dessèchement. Il répare au lieu de protéger.
  2. L'atelier est disponible. En novembre et décembre, les délais s'allongent. En avril, une paire est traitée rapidement.
  3. Vous êtes prêt pour la première neige. Le premier week-end skiable arrive souvent plus tôt que prévu, et c'est frustrant de le passer à attendre un créneau d'atelier.

La liste à cocher de fin de saison

  • Skis lavés à l'eau claire, sel retiré.
  • Skis et fixations parfaitement secs, mécanismes actionnés.
  • Carres nettoyées à la gomme et protégées.
  • Fart de conservation appliqué, non raclé.
  • Réglage de déclenchement noté puis ramené au minimum.
  • Skis debout ou à plat, sans sangle serrée, au sec et au frais.
  • Chaussons sortis des coques, séchés, remontés, boucles fermées sans serrer.
  • Peaux séchées, séparées, rangées à plat.
  • Piles du DVA retirées.
  • Textile lavé et déperlant réactivé.
Matériel de ski disposé à plat pour le rangement de fin de saison

Si vous préférez nous le confier

Nous faisons ce travail à l'atelier de Toulouse, et le printemps est notre période calme. Une paire déposée en avril ressort lavée, carres protégées, semelle fartée en conservation, fixations desserrées avec la valeur d'origine notée dans votre dossier.

À la reprise, il ne reste qu'à racler, brosser et faire contrôler le réglage. Dix minutes, et vous partez.

Le cas particulier du matériel de randonnée

Un ensemble de randonnée demande deux attentions supplémentaires, et ce sont précisément celles qu'on oublie.

Les inserts des chaussures. Ce sont deux petits logements métalliques dans la coque, à l'avant. Ils s'usent, s'ovalisent, et se remplissent de neige tassée puis de crasse. Nettoyez-les, séchez-les, et regardez leur forme. Un insert visiblement déformé se remplace sur beaucoup de modèles, et c'est le genre de réparation qu'il vaut mieux planifier en avril que découvrir à mi-montée en janvier.

Les fixations à inserts. Elles comportent des pièces mobiles fines, des ressorts et des axes de rotation. Actionnez tous les mécanismes plusieurs fois à sec, y compris les cales de montée, pour chasser l'humidité. Une cale grippée par l'oxydation est un vrai problème dans une pente raide, et elle se manipule avec un bâton, gantée : elle doit fonctionner sans effort.

Les couteaux. Ce sont des plaques métalliques, donc elles rouillent. Séchez-les et rangez-les avec les peaux plutôt que dans le fond du sac, où on les oublie jusqu'à la sortie où il en faudra absolument.

Enfin, si votre ensemble comporte un sac airbag, suivez la procédure du fabricant pour la cartouche ou la batterie. Elle est spécifique au modèle et ce n'est pas un domaine où improviser.

À retenir

  • Les skis s'abîment davantage l'été au garage que l'hiver sur la neige.
  • Le sel des routes est le premier responsable de la corrosion des carres.
  • Fart de conservation en couche épaisse, non raclé jusqu'à la reprise.
  • Réglage de déclenchement noté, puis ramené au minimum pour l'été.
  • Chaussons systématiquement sortis des coques.
  • Peaux jamais collées l'une sur l'autre.
  • Piles du DVA retirées, sans exception.
  • Faites l'entretien complet en avril, pas en novembre.

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